La crise économique: Interview de deux experts

Publié le par revivall

Arnaud Leclercq est l’un des meilleurs spécialistes de la haute finance à l’échelle internationale. Il a tenu à se prononcer sur la crise économique qui est en train de dévaster nos pays européens.

La Voix de la Russie. Que pensez-vous de la crise économique et financière qui a frappé le monde de plein fouet ? En verra-t-on la fin ?

Arnaud Leclercq. « Vous avez quand même des pays européens, comme l’Espagne, la Grèce ou le Portugal et l’Irlande qui sont toujours dans une situation très grave… Si je prends la Grèce, notamment, j’avais précisé sur votre radio qu’ils ne vont jamais rembourser l’argent qu’on leur aura prêté ! Et c’est exactement ce qui s’est passé. Pour calmer les marchés et les gens on dit : « Voilà ! On leur prête, mais ça va aller mieux grâce à une petite austérité… » Mais jamais ce ne sera le cas. Déjà avant la crise la collecte d’impôts a été assez limitée. On dénotait déjà une sérieuse corruption et beaucoup de marché noir… Des secteurs économiques comme les armateurs, qui sont complètement exonérés d’impôts… Dans une situation qui était déjà un peu particulière, avec un pays qui a quand même triché sur sa comptabilité publique, comment du jour au lendemain, de surcroît en imposant une politique d’austérité très dure, peut-on prévoir une amélioration de la situation ? Plus précisément les banques de ces pays sont dans une situation extrêmement fragile ! Elles ont des bilans qui sont assez insuffisants. Ce qui fait que la Banque Centrale Européenne avec Mario Draghi, a assumé une politique similaire à celle des Etats-Unis. Un programme que l’on appelle LTRO qui consiste, grosso modo, à injecter beaucoup de liquidités dans le marché, ce qui est loin de donner la solvabilité. Et tout cela crée une illusion de solidité.

En résumant vous avez des banques européennes même dans les pays a priori insoupçonnables et insoupçonnés plus risqués qu’on ne le croit communément. Si vous prenez par exemple la Deutsche Bank, son bilan de 2 trillions d’euros est leveragé 49 fois pour un bilan de 56 milliards seulement. La situation des banques européennes, y compris les plus solides est encore fragile. Il est clair que les banques doivent poursuivre la réduction de leur bilan. Mais pour l’instant on en est encore très loin.

Les problèmes fondamentaux sont toujours là. Vous avez un chômage qui, dans certains pays, atteint 25 % de population active. En Espagne, on parle de 30 à 33 % des jeunes sans emploi ! Au-delà des drames sociaux que cela engendre, il y a un coût pour l’économie par ce qu’il faut les nourrir et leur donner des subventions… Et comme on sait, les sans-travail ne paient pas d’impôts !

Néanmoins, des pays comme l’Espagne et la Grande-Bretagne vont sans doute dans la bonne direction. Ils ont réduit le coût du travail et ont allongé sa durée jusqu’à l’âge de la retraite. Ils essaient de réduire le coût de l’Etat… D’un autre côté, vous avez la politique économique de la France qui va à l’encontre de la réalité et du bon sens à beaucoup d’égards : le budget de l’Etat s’est finalement assez peu réduit et la fiscalité atteint des niveaux record. Et puis le niveau de confiance des investisseurs et des citoyens est compromis. Cela se traduit par une réduction des investissements et de la consommation.

Pour simplifier, l’une des raisons de la crise mondiale a été un endettement progressif des Etats ou de la population, suivant les cas, mais pour finir un endettement abyssal des Etats. Les banques prêtaient et la consommation tant des entreprises que des particuliers s’est faite surtout grâce à l’emprunt pour s’acheter l’électroménager, des maisons, etc. Cela ne s’est point fait grâce à l’argent thésaurisé. Je constate sur ce plan une nette amélioration, car les banques ont progressivement fermé le robinet... mais cela va réduire la consommation et le secteur immobilier est déjà en baisse. Dans un pays comme la France, vient se greffer sur ce contexte le manque de confiance qui rajoute une couche supplémentaire. Comme le bilan est assez négatif, le résultat sera malsain. On fait moins confiance. On consomme moins et les banques sont dans l’obligation de réduire leur soutien à l’économie en diminuant leur bilan.

Aux Etats-Unis le problème du crédit n’est pas réglé non plus. Les entreprises américaines sont à un niveau de dette extrêmement important et qui est maintenu à un niveau record pour les trente dernières années. Les dettes de l’Etat et les dettes des entreprises sont au plus haut aux Etats-Unis. Sans vouloir donner une image par trop négative, on peut ajouter qu’en Chine, la dette du secteur privé, contrairement à ce que l’on entend malheureusement trop souvent, est très élevée ! Dans certains domaines, l’usine du monde qu’est devenue la Chine, se retrouve avec une surcapacité de production qui n’est pas compensé par le marché intérieur. »

Commentaires de l’Auteur. Pas de doute, Arnaud Leclercq s’y connaît en macroéconomie et il ne craint pas pour son avenir parce qu’il a su se tourner tout jeune en direction de la Russie et puis du Proche-Orient. Il faut dire que la conjoncture financière actuelle est largement tributaire du modèle spéculatif anglo-saxon que le monde occidental a hérité après la conférence de Potsdam en 1945. Les vainqueurs ont imposé leur propre doctrine économique basée sur une consommation débridée, à cent lieues d’une Europe un peu paysanne vivant avec son livret d’épargne sous le matelas. Il ne faut point oublier que l’économie américaine est parasitaire parce qu’elle s’est faite sur le dos des esclaves et à coups d’un génocide sans précédent de la population indigène. Ensuite elle a largement profité de la Première Guerre mondiale en restant éloignée de la zone du conflit mais en s’engraissant sur les commandes militaires. La Seconde Guerre mondiale lui a permis de retrouver sa santé économique ébranlée par la Grande Crise. Et après 1945, la partie occidentale du monde lui a été donnée en pâture. Copier ce modèle pour une France basée sur d’autres valeurs s’est révélé plus que néfaste. La note est salée et le client est bon pour aller dans la cuisine et faire la vaisselle du chef. Et le plus dramatique est que les Etats-Unis s’en retrouveront bien aise, car les guerres profitent à cette puissance sangsue.
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Marc Rousset, diplômé d’H.E.C, Docteur ès Sciences Economiques, MBA Columbia University, AMP Harvard Business School, a occupé pendant 20 ans des fonctions de Directeur Général dans les groupes Aventis, Carrefour et Veolia. Il est l’auteur de « Pour le Renouveau de l’Entreprise » (Editions Albatros, 1987), de « La Nouvelle Europe de Charlemagne » (préface d’Alain Peyrefitte, aux Editions Economica, 1995, Prix de l’Académie des Sciences Morales et Politiques) et des « Euroricains » (Editions Godefroy de Bouillon, 2001).

En 2010 il a publié encore un ouvrage intitulé La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou, toujours aux éditions Godefroy de Bouillon. Il a tenu à se prononcer sur la crise mondiale qui déchire le monde et notamment, la France.

La Voix de la Russie. Il y a 5 ans, débutait la Crise économique mondiale. Quelles sont les perspectives d’après vous ? Va-t-on recouvrer la santé économique en France et dans l’UE ?

Marc Rousset. « L’économie française plus particulièrement et l’économie européenne, Allemagne exceptée, se portent très mal. Les Etats-Unis peuvent avoir un très-très léger espoir tout en courant eux aussi à la catastrophe qui paraît inévitable et programmée ! Pour expliquer la situation actuelle de l’économie mondiale, de l’UE et de la française, il me semble possible d’évoquer 8 raisons. J’en vois 2 qui sont tout à fait normales, une qui est complètement inexacte et 5 sur lesquelles il conviendrait de rectifier le tir. Je terminerai mon exposé par quelques chiffres clés et ma vision d’un nouvel ordre mondial aussi bien sur le plan économique que sur le plan politique.

Nous vivons avec une économie folle et un monde complètement déboussolé, mais seuls deux facteurs de dérèglement sont normaux et compréhensibles. Il est tout à fait normal qu’il y ait une montée en puissance des pays émergents. De même, aucun pays au monde avec une économie forte ne peut se préserver à long terme de la diffusion technologique. Le capitalisme financier avec pour seul horizon les stock options des dirigeants, le profit trimestriel de l’année en cours pour ne pas se faire critiquer par les analystes financiers et se faire « virer », a, bien sûr, accéléré la perte de technologie industrielle et de « savoir faire », les délocalisations, le déclin des pays industrialisés. 50 % de la production industrielle mondiale est assurée par les pays émergents. Pensons aussi au développement économique de la Chine, menace à terme pour la Russie avec sa longue frontière commune et la revanche à prendre sur les traités inégaux, à l’Inde qui dépassera bientôt la Chine en population malgré ses difficultés économiques actuelles et passagères.

Quant à la raison tout à fait inexacte, c’est de dire que les banques sont à l’origine de la crise ! IL n’y a eu en fait qu’une escroquerie des banques américaines avec la crise des subprime et un détournement de certaines ressources bancaires vers des activités spéculatives. Mais les banques, ce sont tout simplement les boucs émissaires, les arbres qui cachent la forêt des vraies raisons de la crise ! Depuis le Moyen Age il y a toujours eu des banques ! Pensons aux banquiers lombards en Italie, à Jacques Cœur en France... Et même du temps de l’URSS, il y avait des banques !

Ce qui est beaucoup plus grave, ce sont les 5 raisons anormales des difficultés que nous connaissons, et pour lesquelles il conviendrait de rectifier le tir d’une façon urgente. La plus importante, celle que tout le monde oublie car elle s’attaque directement aux intérêts de la puissance dominante, c’est le problème de l’inconvertibilité du dollar en or, l’inconvertibilité décidée le 15 août 1971 par le Président Richard Nixon ! Depuis cette date, l’économie a commencé à se débrider avec décalage d’une dizaine d’années dans le temps ! C’est en effet à partir des années 1980 qu’a commencé le véritable dérèglement de l’économie mondiale..

En plus de l inconvertibilité du dollar en or, en plus du déficit du budget fédéral US, en plus du déficit commercial de la balance commerciale US, il faut savoir que tous les mois la Federal Reserve Bank crée ex nihilo de la monnaie supplémentaire à la hauteur de 85 milliards de dollars pour financer le déficit

Fédéral du gouvernement américain et des titres hypothécaires à long terme, ce qui va à l’encontre de toute règle de bon sens et d’orthodoxie budgétaire. Ces financements devant être opérés normalement par les marchés, ce qui équivaudrait tout à fait naturellement à faire monter les taux d’intérêt …

Deuxième raison anormale de nos maux actuels : le capitalisme mondial ne correspond plus aux intérêts des peuples, mais à celui des seules entreprises multinationales pour faire du profit. Le libre échangisme mondialiste doit être combattu et remplacé par le libre échange au seul niveau de l’Europe pour avoir un marché suffisant avec des économies d’échelle suffisantes ! IL faut revenir à la préférence communautaire avec des droits de douane, mais non pas à des droits de douane au niveau de la France comme le préconise le FN en France, ce qui est une folie et un suicide économique irréaliste ! Suite à un libre échange débridé mondialiste, la France en trente ans a perdu 3 millions d’emplois industriels ! Comment voulez vous avoir une industrie textile en Europe quand au Bengladesh les ouvriers sont payés moins d’un euro par jour ! L’Europe doit tout fabriquer dans ses usines et exporter seulement ce que les autres peuples seront obligés ou souhaiteront acheter ! L’économie doit être subordonnée au politique et non l’inverse ! Mais vous ne pouvez pas avoir Ariane, Galiléo, ou Airbus dans une France, et même dans une Allemagne seule ! Il faut au minimum 160 millions d’habitants, ce qui correspond à peu près à la population de la Russie ou d’une Europe carolingienne !

Troisième évidence anormale que les technocrates oublient : il n’y a pas d’économie solide sans des valeurs solides. Les valeurs traditionnelles qui ont fait la Grandeur politique, économique et militaire de l’Europe et de la France ont aussi bien été défendues par le Général de Gaulle que par le Maréchal Pétain, chacun à sa façon. De Gaulle a aussi défendu le travail et la famille (politique nataliste avec de vraies allocations) après 1945 ! Bref, pas d’économie solide pour tout peuple qui se respecte sans Travail – Famille – Patrie ! Ce qu’a très bien compris Poutine pour la Grandeur de la Russie et ce qui est la raison du renouveau russe ! L’économie française ne s’est jamais aussi bien portée que sous de Gaulle et Pompidou ! Or L’Europe de l’Ouest est en décadence politique, morale, démographique, économique et militaire. La décadence est un tout. Relisez l’admirable livre de Julien Freund sur la Décadence !

Quatrième facteur anormal : la folle théorie keynesienne sur laquelle se sont appuyés tous les politiciens français qui avaient enfin trouvé le Graal, la recette miracle extraordinaire pour Prix Nobel, élucidé le mystère de la pierre philosophale: plus on dépense, plus on embauche des fonctionnaires inutiles, moins on travaille, plus on part tôt à la retraite, plus on développe l’économie, plus on crée d’emplois et mieux se porte l’économie. !!!!! C’est pour cette raison que l’UMPS, dans une ambiance socialiste, laxiste et décadente nous a menés en 30 ans à la faillite avec une dette d’environ e 2000 milliards d’euros, soit approximativement 100 % du PIB annuel français.

Cinquième idée sur laquelle il me paraît important de revenir : c’est de vouloir développer une économie de demande, de crédit et de consommation publique ou privée tandis que l’Allemagne a été la première à comprendre qu’une économie développée était une économie de l’offre avec des entreprises compétitives et qui exportent.

Pour finir quelques chiffres alarmants : Dans les pays du Sud la dette va jusqu’à 180 % du PIB avec, par exemple, les taux d’intérêt du Portugal qui remontent à 7 %. La France qui se rapproche pour l’endettement des 100 % du PIB avec risque de déclassement mérité par les Agences financières, les socialistes étant incapables de passer à la retraite à 65 ans pour tous ! Et les 61 % de diplômés de l’année 2012 qui n’ont toujours pas trouvé d’emploi en France en 2013 !

Regardons maintenant les Etats-Unis avec une dette qui augmente de 1.000 milliards de dollars par an!, un taux de chômage réel que les experts sérieux évaluent entre 17 % et 23 %, alors que taux de chômage nominal affiché par les médias est de 7 %. A l’heure actuelle la dette américaine représente 17.000 Milliards de dollars ! »

Commentaires de la Rédaction. Le monde se meurt. Il s’agit du monde qui est celui de la conférence de Potsdam avec ses partis pris et ses idées figées sur le bien et le mal, sur Hollywood et la mode, sur l’Europe et le Rideau de Fer. Ce monde qui nous a tous portés dans son giron n’est plus. Expulsés de son corps déchiré, nous continuions de nous accrocher à quelques illusions en feignant d’ignorer ostensiblement la vérité brute qui s’impose de plus en plus à nos yeux. Ceci dit posez-vous juste une toute petite question : à quel avenir croyez-vous ? Et en fait y en -a t-il un pour l’Europe et pour les Etats-Unis vu l’état actuel des choses ?
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