Dossier: Linky, le programmateur intelligent de régulation de l'énergie

Publié le par revivall

3 articles du 10 février 2010, 18 avril 2011 et du 05 mai 2011. Conseil: Si une personne d'EDF vous téléphone ou sonne à votre porte, laissez le mettre son compteur mais ne signez rien. N'ayant rien demandé, il ne peut vous forcer à accepter ce compteur ;)

Le compteur électrique « intelligent » : outil écolo ou mouchard social ?

(10 février 2010)

Prévu pour remplacer nos bons vieux compteurs électriques d’ici 2017, le compteur dit « intelligent » - nommé linky - sème le trouble au niveau européen. Cette nouvelle technologie devrait faciliter les économies d’énergie et donc lutter contre le réchauffement climatique. Mais derrière ce boîtier numérique jaune se profilent des enjeux financiers colossaux et de possibles régressions sociales.

« Il fait peur aux techniciens, vous savez ». « Il  » c’est le « linky », un nouveau compteur qui pourrait remplacer d’ici 2017 les 35 millions de compteurs électriques actuellement en fonctionnement dans l’hexagone. Le linky – également appelé compteur « intelligent » - est un appareil électronique théoriquement capable de transmettre en temps réel au fournisseur d’énergie des informations sur la consommation du client. Les données transitent du compteur installé chez les clients vers des concentrateurs qui centralisent les données, grâce aux câbles électriques [1] avant d’être transmises au fournisseur d’énergie. Ce dernier peut donc relever à distance, automatiquement et en temps réel la consommation d’énergie sans recourir au déplacement d’un agent. ERDF, la filiale d’EDF pour la distribution d’électricité, se réjouit de cette future « révolution technologique ». Les syndicats ne partagent pas cet enthousiasme. La CGT évoque « une catastrophe économique » : la disparition programmée des techniciens EDF. « Ce compteur va aussi remplacer l’intervention clientèle, alerte Guy Habai, de la CGT Mines Énergie d’Annecy. Avec les départs à la retraite non remplacés, nous descendrons à moins de 1200 techniciens d’ici 2020. Aujourd’hui, nous sommes six fois plus ! » Outre ses conséquences sociales, la généralisation du « compteur intelligent » soulève d’autres questions.

L’Italie, talonnée par la Suède, est un pays pilote en Europe avec 85 % de foyers équipés. En France, l’heure est à l’expérimentation : ERDF teste depuis avril 2009 la pose de 300 000 compteurs et de 5 000 concentrateurs en Touraine et dans la région lyonnaise. Ces expériences pourraient valider en 2012 la généralisation du linky sur le territoire national. L’adoption par la Commission européenne le 9 octobre 2009 d’une recommandation pour accroître l’utilisation de « technologies intelligentes » dans la lutte contre le réchauffement climatique accélèrera l’arrivée du linky. Convaincue qu’avec cette technologie « certains consommateurs pourraient réduire leur consommation d’énergie de 10 % », la Commission invite les Etats-membres à adopter au plus tard fin 2012 « un calendrier de déploiement des compteurs intelligents dans les ménages européens ».

La main invisible d’un lobby

Convaincue oui, mais par qui ? Un lobby répondant au nom sans ambiguïté de Groupe industriel européen des compteurs intelligents rôde dans les couloirs des institutions de l’Union européenne. Parmi les 23 membres de ce groupe, on retrouve les fournisseurs de modules comme Sagem communications et des fabricants de compteurs tels que Siemens. Le remplacement du parc de compteurs au niveau européen représente un énorme enjeu financier et stratégique dans le secteur de l’informatique, des télécommunications et de l’énergie. Dans une directive adoptée en juillet 2009, le Parlement prévoit qu’ « au moins 80 % des clients seront équipés de systèmes intelligents de mesure d’ici à 2020 » sous réserve d’une « évaluation économique à long terme de l’ensemble des coûts et des bénéfices pour le marché et pour le consommateur, pris individuellement ».

Les promoteurs du linky mettent en évidence « une maitrise de la consommation d’énergie facilitée » pour le consommateur. A l’aide d’une clé USB glissée dans le compteur, le client aura la possibilité de charger des informations sur sa consommation, repérer les postes qui lui coûtent le plus cher et ainsi faire la chasse au gaspi. « On a maintenant une économie de 500 euros à l’année » témoigne ainsi un père de famille allemand dans une vidéo réalisée par EDF. Dans les faits, aucune étude indépendante n’a à ce jour été réalisée pour appuyer l’influence réelle des compteurs sur la consommation des ménages. « Imagine t-on que chaque ménage descendra quotidiennement dans sa cave pour examiner sa consommation d’énergie du jour ? » interroge le Collectif Solidarité Contre l’Exclusion. « Ce n’est pas de nouveaux compteurs dont les ménages ont besoin pour améliorer l’isolation de leur logement, mais de moyens de réaliser les investissements utiles ». Pour les locataires d’un appartement très mal isolé, savoir que leurs convecteurs consomment beaucoup trop d’électricité en hiver pour maintenir une température à 19°C ne leur sera pas d’une grande utilité.

Une atteinte à la vie privée ?

Plusieurs journaux ont également dénoncé l’intrusion dans la vie privée permise par ce compteur, après la tenue à Madrid en novembre 2009 de la 31ème Conférence internationale de protection des données et de la vie privée. A cette occasion, Elias Quinn du Centre pour la sécurité énergétique et environnementale de l’Université du Colorado, a pointé le risque d’une tentation par les compagnies électriques de vendre les données collectées par les compteurs intelligents. «  La vision instantanée de la consommation électrique s’apparente à une fenêtre ouverte sur le mode de vie de son utilisateur, constate t-il. Ne peut-on imaginer que des fabricants de somnifères soient intéressés par des clients allumant souvent leur lumière au milieu de la nuit ? » Le chercheur préconise donc « un strict encadrement juridique ».

Surtout, pour les ménages ayant des difficultés à payer leur facture, la sanction sera désormais instantanée. « Avec le linky, ce sera la coupure ferme et immédiate pour le client qui n’aura pas payé sa facture », prévient le syndicaliste Guy Habai. En permettant l’ouverture et la fermeture de l’alimentation à distance, les fournisseurs pourront d’un simple clic couper ou limiter l’accès à l’énergie de toute personne en défaut de paiement, voire l’obliger à prépayer sa consommation. « Nous, les techniciens, avons du mal à arriver chez le client et à lui couper l’électricité. Nous avons la possibilité de le mettre en consommation restreinte en posant des fusibles avec moins d’ampères, témoigne le syndicaliste. Dans plus de 80 % des cas, après avoir discuté avec le client qui a des difficultés de paiement, l’agent repart avec un chèque ou la preuve que ça a été payé la veille.

Augmentation du prix de l’électricité en perspective ?

Les détracteurs du linky pointent également du doigt la facturation basée sur la consommation réelle mensuelle : les montants seraient très élevés en hiver et très faibles en été. Sans estimations de factures, la possibilité pour les ménages les moins argentés de lisser sur l’année le surcoût hivernal disparaît. FO Énergie et Mines dénonce également le coût prévisionnel de l’opération qui s’élèverait à 4 milliards d’euros. « Qui va payer la note ? interroge le syndicat. La Commission de régulation de l’énergie ? L’entreprise et par voie de conséquence le client ?  » En Belgique, l’installation de ces compteurs représenterait un surcoût annuel de 25 à 50 euros pour les consommateurs.

Au niveau européen, les réactions divergent. Stockholm s’est lancée dans l’installation d’un réseau de distribution électrique « intelligent » à grande échelle dans un nouveau quartier. La Belgique, elle, reste divisée en l’absence d’évaluation. Si la Flandre s’engage pleinement dans le processus, la Commission wallonne pour l’énergie met la pédale douce estimant qu’ « un examen scrupuleux » est nécessaire avant tout investissement. Le débat fait également rage aux Pays-Bas depuis plusieurs mois. Un projet de loi organisant la mise en place du compteur intelligent prévoyait rien de moins qu’une amende de 17 000 euros et 6 mois de prison pour ceux qui s’opposeraient à cette installation. Les mobilisations citoyennes ont conduit le Sénat hollandais à refuser d’adopter le projet de loi en avril dernier. « En France, la fédération CGT discute avec les collectivités de l’arrivée du compteur, explique Guy Habai. Et avec la libéralisation totale des prix de l’énergie à partir du 1er juillet 2010, les maires et les élus de la région ont tendance à être sur la réserve. »

Source: bastamag.net

Bruxelles veut des réseaux « intelligents »

Edito : 18 avril 2011

C’est un des objectifs clés de la Commission européenne pour les dix prochaines années : développer massivement les réseaux dits « intelligents » (ou Smart Grids), dont les compteurs communicants seront une des composantes majeures.
Elle vient ainsi de présenter, le 12 avril dernier, sa stratégie en la matière. Coïncidence de calendrier, en France, l’expérimentation des compteurs Linky s’est achevée il y a quelques jours aussi...

 


« Smart Grids : de l’innovation au déploiement » : le titre même de sa communication présentée le 12 avril dernier, est significatif de la volonté de la Commission européenne d’accélérer le déploiement des réseaux électriques « intelligents » à travers toute l’Europe d’ici 2020. Pour elle, en effet, c’est un des principaux moyens pour favoriser l’efficacité énergétique à l’amont comme à l’aval.

Ainsi, Bruxelles prône la mise au point de normes techniques communes, dès fin 2012 pour certaines d’ailleurs, afin d’assurer l’interopérabilité des différents systèmes. Elle souhaite, par ailleurs, que chaque Etat membre de dote d’un plan d’actions avec objectifs précis de mise en œuvre de réseaux « intelligents ». Convaincue que leur développement favorisera la transparence et la compétitivité du marché de détail, la Commission est favorable à des exigences minimales en matière de données d’informations sur les clients. Aux Etats membres d’adapter leur cadre législatif en la matière, Bruxelles estimant la législation européenne suffisante.

1er bilan Linky en France

En France, l’expérimentation Linky, lancée en 2010, s’achève et l’heure du bilan approche. Lors d’un débat organisé, la semaine dernière, par le BIP et Enerpresse, les acteurs ont ainsi évoqué les attentes reposant sur cette première étape vers le Smart Grid. Outre l’optimisation de la gestion du réseau et les améliorations pratiques apportées aux usagers, Linky, caractérisé par son interopérabilité, devrait favoriser l’émergence de services à l’aval du compteur et ainsi fluidifier la concurrence sur le marché de détail avec le développement de nouvelles offres tarifaires.

De l’expérimentation au déploiement

A l’issue de cette année d’expérimentation dans la région lyonnaise et en Indre-et-Loire, il est à noter que le taux de réclamation s’avère finalement très faible - 1% - pour 250 000 compteurs communicants posés dans les deux régions test. Du coup, ErDF se dit prête à passer la vitesse supérieure, avec la généralisation de Linky à 35 millions de foyers en 5 ans. Le gestionnaire de réseau met en avant les améliorations que le déploiement de Linky offrirait aux usagers, qui paieront dorénavant leur consommation réelle et non plus estimée, notamment grâce à la télé relève. Cependant, le gouvernement doit encore valider la pertinence des spécifications techniques et le modèle économique avant de prendre l’arrêté de généralisation. Une évaluation de la CRE est, en outre, attendue fin juin, et devrait permettre de préciser le coût du déploiement - fonction notamment du temps de pose - ainsi que les modalités de financement.
Les prochaines réunions et évaluations technico-économiques devraient, à ce titre, être l’occasion de clarifier des données essentielles, telles que le temps de pose des compteurs Linky lors de l’expérimentation, le coût réel et la stratégie géographique de son déploiement, ainsi que les garde-fous informatiques pour garantir sécurité et confidentialité aux usagers.

Source: ufe-electricite.fr

Besson organise le déploiement de Linky, malgré des incertitudes

La Commission de régulation de l'énergie ne rendra son avis qu'au mois de juin. Mais le ministre de l'Industrie met déjà en place un comité afin de généraliser l'usage du "compteur électrique communicant" en France.

Documents officiels

Autres Liens

La création du «comité Linky» sonne comme un aveu. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) n’a pas encore rendu son avis sur les 250 000 compteurs communicants testés dans les régions de Tours et de Lyon, depuis un an. Pourtant, le gouvernement semble déjà prêt à les déployer dans 35 millions de foyers français.

«La mise en place de ce nouveau compteur communicant est une étape essentielle dans la construction de réseaux électriques intelligents. La France a l’opportunité de faire de cette obligation européenne une chance pour la croissance et l’emploi, dans le respect absolu des libertés individuelles», a déclaré le ministre de l’Industrie, Eric Besson, lors d’une conférence de presse, le 4 mai.

L’objectif du comité Linky est de piloter la mise en place des compteurs communicants en France avec la participation des opérateurs, des autorités concédantes, des autorités de régulation, du médiateur de l’énergie, des associations de consommateurs et des industriels concernés.

Prix

ERDF, qui gère le réseau de distribution d'électricité, a prévu un plan d’investissements de 4 milliards d’euros afin d’équiper les 35 millions de foyers français. Deux milliards seront alloués au matériel, et deux milliards à l’installation des compteurs.

«Le gouvernement demande à ERDF (…) d’assurer le financement intégral de la fabrication et de l’installation du compteur Linky. La fabrication et l’installation du compteur Linky ne seront pas facturées au consommateur d’électricité», a assuré Eric Besson, en présence de la présidente de l'entreprise, Michèle Bellon.

Mais les investissements d’ERDF sont financés par le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (Turpe), qui constitue 90% des recettes du distributeur. Or, le Turpe représente 46% de la facture d’électricité du consommateur. Et il n'est pas impossible de voir ce tarif augmenter lors de sa prochaine réévaluation, en 2013.

Normes européennes

Par ailleurs, ERDF ne semble pas s'inquiéter d'une éventuelle incompatibilité  du compteur Linky avec les premières normes techniques européennes qui seront mises en place d’ici la fin de l’année 2012, conformément aux objectifs de la Commission européenne. «On a voulu un projet interopérable, adaptable à tous les pays européens», assure un responsable de la communication du groupe.

La présidente Michèle Bellon indique que, pour l’heure, aucune incompatibilité avec les projets européens n’est constatée.

Maîtrise de l’énergie

L’expérimentation du compteur Linky visait à tester le déploiement pratique du compteur, notamment son temps d’installation et sa capacité à communiquer les informations des particuliers vers le réseau, et inversement.

Seulement, pour pouvoir satisfaire les objectifs européens, les compteurs doivent être également capables d’aider le client à maîtriser sa consommation. Eric Besson affirme que ce critère sera pris en compte dans leur déploiement. Mais ERDF renvoie la balle aux fournisseurs d’électricité, qui devront développer des services spécifiques pour leurs clients.

Les avantages pour le consommateurs ne sont donc pas avérés. «On ne peut se fonder que sur une note de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe)» pour évaluer la baisse de la facture énergétique que pourrait entraîner la mise en place des compteurs communicants, affirme Michèle Bellon. Elle estime qu'ils pourraient permettre une réduction de la consommation d'électricité des ménages de 5 à 15%.

Le bilan de l’expérience sera présenté par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) en juin, devant le comité Linky. La décision du gouvernement sur le déploiement du compteur, au niveau national, sera prise dans le courant de l’été.

 

Source: euractiv.fr

Publié dans Actualité

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